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Infrasons: ce bruit passé sous silence

Tous les jours, de nouvelles preuves s’accumulent pour attester les impacts sur la santé provoqués par les infrasons que génèrent les éoliennes industrielles. Pourtant, constructeurs et promoteurs s’acharnent à réfuter les faits, et à nous faire croire que les symptômes affectant des riverains de plus en plus nombreux sont, au pire imaginaires, au mieux d’ordre psychologique.

Danger: infrasons et éoliennes

Image © Laurent Hammels -fotolia.com

Ce déni, et les études qui l’accompagnent, émanant bien souvent de scientifiques dont les intérêts sont liés à ceux des industriels de l’éolien, révèlent des pratiques similaires à celles de lobbies comme celui du tabac, de l’industrie chimique ou médicamenteuse. Certains pays semblent pourtant comprendre mieux que d’autres l’urgence de prendre le danger sanitaire au sérieux, et non des moindres: le Danemark, champion de l’éolien s’il en est, a depuis 2014 suspendu la majorité des nouvelles implantations d’éoliennes sur son sol, en attente des résultats d’une étude sanitaire à gande échelle (article en allemand). De même, en mai dernier, l’assemblée des médecins allemands, réunie en congrès, a recommandé l’arrêt du développement éolien en Allemagne, attestant les riques liés aux infrasons, et soulignant la carence des études et des critères de dangerosité retenus par les promoteurs et les constructeurs.

Des mécanismes mal connus aux effets néfastes prouvés

Les infrasons sont principalement générés par le passage des pales d’une éolienne devant son mât, et par les turbulences que ce passage crée dans l’air aux alentours. Si ce mécanisme est connu, il est par contre extrêment difficile de former un modèle théorique permettant d’en prévoir la fréquence, l’intensité et la propagation. Ces facteurs, et notamment la distance à laquelle les ultrasons pourront être perçus, distance bien plus importante que pour la gamme des sons audibles, dépendent en effet de la vitesse et de la direction du vent, des conditions météorologiques générales, mais également de la taille de l’éolienne.

Quant à leurs effets sur la santé humaine, si l’on refuse de prendre en compte les témoignages, de plus en plus nombreux, des riverains de parcs éoliens, il est impossible de faire l’impasse sur l’abondance des publications scientifiques qui les attestent et les prouvent. Dès 2012, le très sérieux British Medical Journal, l’une des revues médicales les plus respectées au monde, publiait un article intitulé « Editorial: Wind turbine noise », qui concluait à la preuve d’un lien étroit entre le bruit des éoliennes, une dégradation de la santé et une mauvaise qualité de sommeil.

Ce lien entre les infrasons et des phénomènes proches de celui du mal des transports (nausées, sensations migraineuses ou de vertige), lien qui a d’ailleurs été reconnu dans une étude effectuée par un constructeur (Pacific Hydro) au bénéfice de la filière elle-même, a été théorisé par un cabinet d’acoustique américan, expliquant ces malaises par les différences de pression générées par les infrasons au niveau de l’oreille interne.

Il serait fastidueux d’énumérer les articles scientifiques —articles dont la communauté scientifique elle-même valide l’intégrité et l’absence de conflit d’intérêt— qui attestent de ces nuisances, tant ils sont aujourd’hui nombreux. Vous en trouverez un grand nombre en anglais sur cette page ou en français sur celle-ci ou encore celle-là.

Un déni insolent

Pourtant, face à l’évidence, les acteurs de la filière éolienne et le monde politique continuent de nier les effets des infrasons sur la santé, prétextant que l’ensemble de ces symptômes serait d’ordre psychosomatique (ce que l’on appelle le « syndrome éolien »), et prendraient leur origine dans la vision d’éoliennes à proximité de chez soi, ou dans un climat de peur entretenu par les opposants à l’éolien!

Définir comme psychosomatique l’origine de troubles qu’on ne connait pas est une pratique assez commune. Ainsi, jusqu’à ce que Warren et Marshall découvrent que l’ulcère de l’estomac était provoqué par une bactérie (découverte qui leur valut le prix Nobel de médecine en 2005), il était communément admis que le stress en était l’une des principales causes. L’ignorance scientifique est excusable, mais le déni ne l’est pas.

Les hommes, mais aussi les animaux

L’argument « psychosomatique » ne tient d’ailleurs pas la route une seconde lorsque les effets néfastes des infrasons des éoliennes est attesté sur les animaux. Une étude polonaise, parue en 2013, a ainsi démontré leur influence sur le comportement et la formule sanguine d’oies à proximité de turbines. Une autre étude vétérinaire, portugaise celle-ci, atteste d’un lien direct entre la présence proche d’éoliennes et le développement de déformation congénitales chez les poulains. Un moratoire, commandé par le comté de Lincoln (Wisconsin), témoigne des dysfonctionnements biologiques provoqués chez les animaux par les infrasons: avortements spontanés et baisse de la production d’œufs pour la volaille, déformations du crâne et des articulations chez les poussins, veaux nés sans queue ou sans yeux,… la liste est longue.

La vérité scientifique est jour après jour sciemment détournée au profit de quelques-uns, tout en mettant en cause la santé de milliers de personnes et d’animaux. Faudra-t-il attendre que l’éolien ait son scandale du Médiator, pour que nos élus, qu’ils soient locaux ou au gouvernement, fassent enfin valoir, comme au Danemark, le seul et unique principe applicable en termes de santé publique dans une telle situation: le principe de précaution ? J’ose espérer que la sagesse l’emportera à Saint-Ange…

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